Avec la «Lesbian and Gay Pride» les homosexuels ont pu «sortir de leur placard», dire sur la place publique qu'ils n'avaient pas honte de leur sexualité et dénoncer l'homophobie. De nombreux végéta*iens désirent faire de même à propos de la végéphobie dont ils sont victimes dès lors qu'ils expriment leur volonté de ne pas exploiter les animaux.
L'utilisation du terme pride (fierté) pour défendre les droits des végéta*iens permet d'établir un parallèle entre ces deux manifestations aux concepts militants parfois très similaires.
Par ailleurs, la Veggie Pride a une vocation internationale. Son site Internet (www.veggiepride.org) est traduit en plusieurs langues; les associations qui la soutiennent appartiennent à des pays différents; dès la seconde édition, de nombreux étrangers comptaient parmi les participants, et nous espérons qu'à terme des manifestations similaires se dérouleront dans d'autres pays que la France.
Contrairement à une dénomination telle que «Fierté végétarienne», le nom «Veggie Pride» peut facilement être adopté tel quel, sans traduction, à l'étranger.
Notre fierté, c'est d'abord la volonté de proclamer que nous n'avons pas à avoir honte de ne pas tuer d'animaux pour notre consommation, que nous ne nous laisserons plus intimider par les ricanements que ce choix inspire.
De notre point de vue, l'exploitation des animaux n'est pas un comportement moralement justifiable.
De ce fait, ne pas manger les animaux est la moindre des choses (tout comme ne pas violer, torturer, etc.).
Mais ceux qui mangent de la viande ne font que perpétuer des horreurs déjà inscrites dans leur culture et se défaire de ce système n'est pas chose facile.
C'est pourquoi nous préférons mettre en avant la fierté d'avoir su dire non à l'exploitation animale, condamner cette exploitation en tant qu'idéologie plutôt que de blâmer ceux qui aujourd'hui participent au massacre.
Le prix Nobel de littérature Isaac Bashevis Singer disait que la chose dont il était le plus fier dans sa vie, c'était d'être devenu végétarien.
Notre fierté, c'est d'avoir fait la moindre des choses, une chose très importante mais élémentaire, que tout le monde devrait faire et peut faire.
La Veggie Pride est une manifestation de végéta*iens contre l'exploitation animale et s'inscrit donc dans le cadre d'autres mouvements qui ont pour but la protection animale ou la promotion du végétarisme par exemple.
Ce qui distingue cependant la Veggie Pride des mouvements de défense animale est qu'elle place au premier plan le végétarisme, la consommation des animaux étant de très loin la première cause de souffrance animale.
Ce qui la distingue d'autre part des mouvements de promotion du végéta*isme, c'est qu'elle n'a pas pour but de présenter un régime alimentaire ou un mode de vie, intéressants à plusieurs titres. Sa particularité essentielle est qu'elle comporte un message moral (la fierté de ne pas manger d'animaux) et de nombreuses revendications liées à la lutte contre la végéphobie.
On nous reproche parfois de ne pas utiliser tous les arguments disponibles pour promouvoir le végétarisme:
Ce choix est délibéré. Non que nous jugions ces autres arguments négligeables. Mais nous avons voulu rompre avec l'idéologie qui veut qu'une cause ne mérite d'être défendue que si elle sert les intérêts des humains. Les autres animaux sont les principales victimes des sévices et de la tuerie pour la viande. Y mettre fin est une raison suffisante pour cesser de les dévorer. C'est à eux que la Veggie Pride est dédiée.
Ce qui nous importe avant tout, en tant que végéta*iens contre l'exploitation animale, c'est que des animaux ne soient plus pêchés ou égorgés dans les abattoirs. Ne les trahissons-nous pas en défendant nos droits plutôt que les leurs?
Nous n'avons pas honte de réclamer des droits pour nous. Il serait absurde de raisonner comme si ces droits étaient alternatifs à ceux des animaux non humains, comme si revendiquer quelque chose pour nous se faisait à leur détriment. Une petite histoire pour éclairer ce point ...
Une femme entre dans un commerce. Elle demande à poser une affiche appelant à manifester contre les discriminations et la violence envers les étrangers. Le commerçant, qui est profondément xénophobe, injurie la femme et la jette dehors brutalement.
Cette femme a-t-elle tort de dénoncer l'agression dont elle a fait l'objet? Devrait-elle se taire sous prétexte que sa mésaventure n'est rien à côté de ce que subissent les étrangers?
En fait, elle s'est fait insulter pour s'être rangée du côté des victimes de la xénophobie. La raison pour laquelle elle a été agressée est la même que celle qui cause des souffrances plus graves à ceux dont elle se solidarise. En s'insurgeant contre ce qui lui a été fait à elle, elle défend son droit à agir pour que ces souffrances cessent.
De même, les acteurs de la Veggie Pride dénoncent des comportements dont ils sont les victimes, et qui sont une manifestation des attitudes qui nuisent beaucoup plus gravement à d'autres animaux.
Les droits que la société nous accorde sont les seuls que les autres animaux possèdent indirectement aujourd'hui. à ce titre, ils sont très précieux. C'est pour cela que nous ne luttons pas en marge de la société mais dans la société, et que nous entendons faire respecter nos droits de citoyens et en particulier celui d'exprimer notre remise en question de la consommation des animaux.
D'autre part, la Veggie Pride n'est qu'une action parmi d'autres. Chacun de nous à sa manière est présent par ailleurs dans des luttes qui défendent directement les animaux.
Dès lors que l'on déclare refuser de faire emprisonner, gaver, terroriser, mutiler, priver de relations sociales, asphyxier, assommer, électrocuter, égorger autrui pour la simple satisfaction d'habitudes ou de préférences alimentaires, nos propos sont au mieux moqués, rendus inaudibles (sensiblerie, immaturité...) ou, pire, suspectés de véhiculer des idéologies odieuses (haine de l'humanité, inféodation à des sectes dangereuses...). Beaucoup de végétariens préfèrent passer inaperçus ou invoquer de fausses raisons dans l'espoir d'échapper aux moqueries et à la réprobation sociale.
La végéphobie est le phénomène qui contraint les végéta*iens soit à ne pas assumer publiquement leurs convictions, soit à se trouver marginalisés par leur entourage.
Par la Veggie Pride, nous voulons dire que nous n'acceptons plus cette situation. Nous voulons qu'il y ait discussion argumentée de nos propositions, à la place des rires ou des injures.
Dire aux gens «c'est parce que vous mangez les animaux qu'on les tue», ce n'est pas les agresser, c'est refuser de leur mentir, c'est considérer que ce que nous avons compris, eux aussi sont capables de le comprendre.
Par la Veggie Pride, nous souhaitons simplement exprimer publiquement, collectivement, franchement, sans exagération ni censure, ce que nous pensons. Nous ne voulons plus avoir le choix entre l'hypocrisie ou la marginalisation. Nous considérons que c'est à la fois notre droit et une marque de respect envers ceux qui nous entourent.
On estime souvent intolérant de remettre en question ce que mangent les gens; nous empiéterions ce faisant sur un domaine de choix purement personnel. Il n'y a cependant aucune raison pour accorder une telle immunité exceptionnelle aux choix alimentaires. Le caractère légitime ou non de l'acte de se nourrir de chair animale, et donc de faire souffrir et tuer des animaux pour cela, est une question éthique, et peut à ce titre faire l'objet d'un débat au sein de la société, comme n'importe quelle autre question éthique.
C'est au contraire la volonté d'interdire d'emblée un tel débat qui nous semble intolérante.
Ne serait-il pas plus efficace, pour convaincre les gens de ne plus manger de viande, ou d'en manger moins, d'utiliser, comme le font tant de végétariens, des arguments plus consensuels que ceux qui font référence au sort infligé aux animaux; tels les arguments portant sur la santé, le tiers-monde ou l'écologie? En ne parlant pas des animaux, ou en évitant de mettre les personnes qui mangent les animaux face à leurs responsabilités dans le traitement de ceux-ci, ne peut-on plus facilement les amener à être d'accord avec nous?
Nous ne le croyons pas, ou en tout cas refusons le discours qui voudrait faire de cette stratégie la seule acceptable.
En disant autre chose que ce que nous pensons, nous convaincrons peut-être plus facilement de ce que nous disons, mais pas de ce que nous pensons. En mettant nous-mêmes une barrière entre ce que nous pensons et ce que nous disons, nous ne nous rapprochons pas des gens; au contraire, nous les éloignons de nous.
Les personnes que nous pouvons convaincre d'abandonner la viande sur la base de la santé ou d'autres motivations purement personnelles n'ont aucune raison d'être à leur tour motivées pour en convaincre d'autres. Nous ne croyons pas en l'efficacité d'un mouvement formé d'un noyau de personnes motivées par le sort des animaux cherchant à convaincre l'ensemble de la société de changer de comportement sur la base d'autres arguments que ceux qui les ont elles-mêmes convaincues.
Une personne peut être végétarienne pour les animaux sans croire le végétarisme avantageux pour la santé, le tiers-monde ou l'écologie de la planète. Ces questions factuelles sont indépendantes de la question éthique du traitement des animaux. Il n'est pas efficace d'exclure ces personnes de la lutte pour les animaux, ou d'exiger d'elles qu'elles mentent sur leurs propres convictions. Il n'est pas non plus efficace de donner le sentiment que pour être végétarien, il faille être d'accord avec ces affirmations factuelles.
La stratégie «consensuelle» a été testée sur le terrain depuis des décennies au moins et n'a pas fait preuve d'une efficacité éclatante.
L'argument «efficacité» peut au plus justifier l'emploi, par les personnes qui le désirent, de ces arguments plus consensuels; il ne peut justifier l'exclusion de toute autre stratégie.
Nous estimons que l'ampleur de la souffrance et de la mort causée par la consommation de la viande justifie que l'on parle haut et clair à son propos, à moins d'avoir à l'encontre d'une telle franchise des arguments d'efficacité autrement plus forts que ceux qui nous sont présentés.
La Veggie Pride 2011 aura lieu le samedi 21 mai à Marseille et le samedi 11 juin à Paris.
Familles!